Texte de l’hommage à Guy Macary lors de ses obsèques,  par Thierry d’Aigremont 

Merci Marie Françoise de m’avoir demandé de parler de Guy, du Guy que je connaissais, de l’ami, qui non seulement était bon camarade autour d’un verre de vin blanc, toujours gai, prêt à raconter une bonne blague et ensuite éclater d’un rire explosif et tonitruant.
De l’ami avec lequel au fil des années j’avais tissé un lien d’amitié et de confiance qui m’aura permis de mieux vous apprécier.
Il est très difficile pour moi de prendre la parole aujourd’hui pour vous parler de celui qui, il y a de nombreuses années aura marqué ma vie de jeune militant.
Notre rencontre se situe dans les années 1986/1987, je venais de rejoindre le Front National que vous aviez rejoint quelques temps avant moi.
Je ne parlerai pas ou peu de la période que je ne connais pas, période au cours de laquelle vous avez été étudiant, jeune avocat, officier parachutiste, membre d’une organisation qui défendait l’intégrité du territoire Français, agriculteur dans le Gers pour vous faire un peu oublier, puis de nouveau avocat rattaché au barreau de Carpentras.
Je ne parlerai pas non plus des souvenirs ou des anecdotes qui feraient sourire bien des personnes aujourd’hui tant elles sont savoureuses et nous sommes nombreux à les avoir partagés avec vous.
Cela serait trop facile et finalement pas le plus intéressant.
Merci Guy, merci pour tout ce que vous m’avez apporté, merci pour tout ce que vous nous avez apporté.
Merci pour ces centaines d’heures de discussions ou nous pouvions aussi bien parler de de moto, de mer, de l’Algérie, de lecture, comparer nos points de vue sur l’actualité et la politique.
Merci de m’avoir fait connaître Jacques Perret, votre auteur préféré pour sa vie aventureuse ou se mêle vie militaire, voyages, reportages et publication de romans souvent inspirés de sa vie. Il fallait vous entendre parler du vent dans les voiles ou du caporal épinglé pour comprendre l’admiration que vous aviez pour cet homme.
Merci aussi pour «les secrets de la mer rouge» d’Henry de Monfreid que vous m’aviez offert une fois en me disant : «Tiens lis ça, lui il a fait ce qu’il a voulu, il a fait pleins de choses, il a été espion et tu te rends compte il a même été maquereau. Pour vous une certaine admiration pour la liberté de cet homme.
Merci de m’avoir fait partager votre admiration pour Marc Aurel, cet empereur romain qui non seulement était philosophe mais chef de guerre et soldat.
Grace à lui vous m’avez expliqué la pratique du discernement et surtout l’art de la prise de décision. Ecouter, analyser, décider avec rapidité précision et justesse.
Aller à l’essentiel, chercher à atteindre son but sans se perdre dans les ruelles, marcher droit et tout droit, la tête haute. Telle était aussi votre ligne de conduite.
J’ai admiré votre courage de soldat quand vous avez fait le choix de vous battre pour votre pays
J’ai admiré votre courage d’homme quand vous avez fait le grand saut vers l’inconnu.
Là où certains vous ont vu entrer en clandestinité d’autres comme moi vous ont vu entrer en résistance. Cette décision, peut-être la plus difficile à prendre de votre vie, cet acte d’insoumission et de liberté d’une portée immense a été un acte de courage dont vous parliez avec beaucoup de retenue.
Pour moi il était essentiel de comprendre le mécanisme qui vous avait poussé à prendre cette décision. Vous ne vous dévoiliez pas facilement et chaque fois avec beaucoup de pudeur.
Analyser, décider, trancher. Agir en toute liberté, agir en fonction de vos convictions de votre intuition et non pas de règles préétablies qui souvent empêchent la bonne prise de décision.
L’amour de la France aura fait de vous une personne qui n’a pas hésité à transgresser l’ordre injuste quand vous l’avez jugé nécessaire.
Ensuite, votre engagement politique aura été total, un peu dans la continuité de ce que vous aviez vécu avant.
J’ai admiré chez vous cette fidélité à des idées et à des hommes.
A aucun moment vous n’avez trahi, vous êtes resté fidele à vos engagements pour le combat qui nous avait réuni.
A part une courte période ou vous ne vous retrouviez plus dans le chef, et ou sollicité par des amis vous avez accepté de soutenir une aventure politique sans projet donc sans intérêt, vous êtes toujours resté fidèle au front national et à son chef.
A la question : mais Guy pourquoi aller sur cette liste vous m’avez répondu « T’inquiète pas, ca va faire tchouffa ». Ce combat d’arrière garde uniquement animé par la rancœur et le ressentiment n’était pas le votre.
Puis la brouille avec le chef passât, je crois qu’au fond de vous vous saviez qu’elle ne pouvait pas durer.
Ne pas utiliser la politique pour soi mais au contraire servir une cause plus grande.
Ainsi, quelle n’a pas été votre joie de voir en juin 2012 la victoire de Marion à Carpentras. Cette victoire vous l’avez savourée comme si c’était la votre, à aucun moment vous n’avez été envieux ou regretté quelque chose. Vous étiez même content d’avoir tracé le sillon qui avait permis cette victoire.
C’est avec joie aussi qu’en 2014 vous avez accepté d’être une quatrième fois sur la liste soutenue par le Front National aux élections municipales à Carpentras.
Cette fois vous ne seriez pas premier mais derniers. Vous aviez accepté la place d’Honneur, celle qui vous revenait de droit.
Puis les jours se suivaient. A chacune de mes visites avec les yeux qui s’éclairaient vous commenciez par la même question : alors comment va Marion ? Et le Front ça se passe comment ? Nous pouvions rester un long moment sur le sujet.
Quand je vous demandais qui était passé depuis la dernière fois vous me répondiez à chaque fois, pas grand monde.
Une fois vous m’avez même dit « tu sais, je n’intéresse plus personne »
Avec Elisabeth et Henri nous formions le dernier cercle, une fois vous m’avez dit en rigolant «un quarteron de retraités», Je ne l’étais pas mais l’image me convenait.

Tres peu de gens le savent mais vous aviez une grande admiration pour Saint Augustin. Je ne sais pas à quelle période de votre vie vous l’avez rencontré mais il vous a suivi toute votre vie. Un jour dans un grand éclat de rire vous m’avez dit « en plus il est comme moi il est d’Algérie ! »
Il y a quelques jours vous avez demandé à voir un prêtre.
Après vous étiez apaisé.
Vous aviez remis vos affaires en ordre, Vous pouviez partir. ..