Lettre du Général (2S) Jean-Marie BELMER à Alain JUPPÉ, candidat à la présidence de la République.

Lettre adressée
le 28 avril 2016
à
Monsieur Alain Juppé
Candidat à la présidence de la République

Monsieur,
La presse rapporte que, le 25 avril dernier, dans une allocution aux élèves de l’IEP de Bordeaux, vous avez cru bon d’affirmer :
« Les militaires ont le droit de penser, mais il y a des limites à ne pas dépasser».
Cette phrase dont il est difficile d’imaginer qu’elle n’ait pas été prononcée dans un moment de défaillance, révèle, sans doute possible, votre stupéfiant mépris à l’égard de ceux des Français qui ont choisi le service des armes de leur pays. Elle adresse en outre un message affligeant d’irresponsabilité à des jeunes sur le point d’entrer dans la vie active. Une telle suffisance est absolument indigne d’un homme politique qui brigue des responsabilités nationales.

Evoquant à cette occasion le cas du général Soubelet, muté suite à son audition devant une commission parlementaire, vous croyez pouvoir resservir les mots de Jean-Pierre Chevènement : « Un militaire, c’est comme un ministre, ça ferme sa gueule ou ça démissionne ». Voilà une affirmation inquiétante. Votre très long passé de politicien vous aura probablement appris que tout citoyen se doit de dire la vérité à la représentation nationale. En outre, un général n’est ni en accord, ni en désaccord avec les députés de la Nation. Il leur donne tous les éléments dont il dispose pour éclairer leurs débats et leur choix le moment venu. C’est ce qui est attendu de lui. Peut-être eussiez vous menti à sa place ?

De la même manière qu’il convient de ne pas mettre tous les hommes politiques dans le même sac, un homme politique qui se respecte s’interdit tout amalgame discriminatoire. Les militaires sont des citoyens respectables. Parmi eux, vous trouverez probablement des individus critiquables mais vous ne trouverez pas de repris de justice.

Ceux dont vous attendez qu’ils ne pensent pas en dehors de certaines limites et qu’ils ferment leurs gueules, savent que le Président de la République, est le chef des Armées. Je ne me tromperai pas en disant que, comme toute la communauté militaire, ils auraient un haut le cœur à la simple idée de vous imaginer, dans un véhicule de commandement, passer les troupes en revue le 14 juillet 2017.

Je vous prie d’agréer, Monsieur, l’expression de mes salutations citoyennes.

Général Jean-Marie BELMER (2S).