Cela fait déjà un certain temps que je considère qu’il convient d’accorder aux saillies de M. Py et consorts contre le Front National l’inimportance qu’elles méritent. Cependant, on ne peut passer sous silence la rencontre du Parti socialiste qui a réuni le 16 juillet à Avignon, entre autres hiérarques, la Ministre de la culture, le maire d’Avignon, le président de l’Assemblée nationale et l’inévitable Olivier Py (payé sur des deniers publics pour participer à une réunion du PS, mais qu’importe), autour du thème « La culture pour la République ». Rien de moins. On n’en était pas au magnifique « Faire art pour faire société » (sic) organisé lors du Festival par la Région PACA, mais pas loin. Et ce débat a évidemment donné lieu à quelques perles.
Les mânes du pauvre Jean Vilar, qui n’en demandait sans doute pas tant, furent ainsi invoquées pour déclarer doctement que « en art, tout est politique » (Fleur Pellerin), que la culture doit servir à lutter « contre les tentations extrémistes » (Cécile Helle), voire « à faire battre le Front National » (Olivier Py). On se pâmerait presque devant tant d’inventivité, de nouveauté et de profondeur de vue. Il y eut même un moment comique lorsque la ministre de la Culture déclara que « lorsque la droite coupe les budgets dédiés à la culture, la gauche se bat pour elle ». Le maire d’Avignon, qui a largement réduit les budgets d’associations et d’institutions culturelles locales, a dû apprécier…
Mais revenons à la déclaration de M. Py. On savait notre Mahatma Propagandhi de la culture rebelle et subventionnée pas avare de déclarations contre le FN. Ca ne coûte pas cher, ça fait chic dans les dîners mondains bien-pensants et cela permet de se prévaloir de glorieux faits d’armes en allant se trémousser devant les institutions culturelles sur l’air de « moi y’en a vouloir des sous ».
Cette fois cependant, le doute n’est plus permis : grâce à l’intelligentzia socialiste ainsi rassemblée, la culture a trouvé un but, mieux, un objectif ultime : lutter contre le Front National. On pensait naïvement que la culture n’avait pas de bord politique, qu’elle était accès à la beauté, à la découverte, et à soi-même. Que nenni ! Comme au temps des totalitarismes, la culture se doit d’être au service du pouvoir en place (enfin, quand il est de gauche) et de la pensée dominante.
Nos monarques autoproclamés de la culture de droit divin ont tranché : pour la culture, le FN, c’est mal. Pourquoi ? Parce que c’est comme ça. Circulez, il n’y a rien à voir. Ha oui, quand même : selon eux, l’homo culturalis est un « humaniste » qui aime la terre entière, sur l’air de « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentiil », et défend la veuve et l’orphelin lorsqu’ils sont sans papiers. Tant pis si l’humanisme, valeur fondamentale de notre civilisation, est ici réduit à une sorte de « peace and love » niais et béat. Tant pis si les valeurs qui irriguent notre culture sont forcément à abattre, dans une sorte de rebellion subventionnée. Si M. Py était un parti politique, ce serait le fameux « Parti Révolutionnaire Institutionnel » mexicain.
Alors certes, nous ne considérons pas le fait de voir le Roi Lear éructant à poil sur scène ou une pièce subventionnée montée avec des sans papiers comme l’alpha et l’oméga de la culture. C’est sans doute notre tort.
Nous considérons en revanche que dans un pays libre, chacun a sa voie d’accès à la culture, et que celle-ci ne doit surtout pas être instrumentalisée à des fins politiques, comme se complait à le faire la gauche bien pensante.
« L’art est cet aiguillon qui réveille nos sociétés de leur torpeur », a dit à cette occasion Fleur Pellerin. Chiche ! Car la culture permet justement de développer en soi l’esprit de résistance à l’air du temps. Elle permet d’accéder au beau, et de l’aimer. Elle permet aussi de mesurer et comprendre les apports d’une civilisation et d’avoir envie d’éviter que, par lâcheté et complaisance, s’instaure l’indifférenciation, la perte des repères et des valeurs et, au final, la barbarie.
La culture est une somme de potentiels toujours en devenir. Elle n’est pas au service d’un homme –fût-il M. Py- ou d’une pensée dominante. Il y en a assez de cette confiscation et de cette instrumentalisation de la culture par une gauche qui pratique allègrement la discrimination – votre « aptitude culturelle » est ainsi jugée à l’aune de vos convictions politiques – et se verrait bien caresser dans le sens du poil une poignée d’artistes officiels et propagandistes.
Ce n’est pas, ni ne sera jamais, notre vision de la culture.

Philippe Lottiaux
Conseiller municipal d’Avignon
Président du groupe « Avignon Demain » (FN/RBM)
Conseiller communautaire du Grand Avignon