Avant de devenir dans les décennies à venir des « enseignants » et d’apprendre aux autres à réapprendre, les agriculteurs et éleveurs de ce pays doivent apprendre à survivre (première des conditions et non la moindre). Cela est devenu leur enjeu numéro un : un combat presque quotidien, face à l’imposition, la taxation et la pénalisation grandissantes ; la paperasse des aides et contrôles en tous genres ; les professionnels de « l’intermédiaire » qui court-circuitent leurs revenus ; le négoce du savoir-faire et la mondialisation des marchés qui s’ensuit ; la mainmise sur l’agriculture des grandes firmes phytosanitaires qui laissent accuser les agriculteurs de « pollueurs » ; les contre lois, la bientôt quasi obligation d’une comptabilité dite « au réel », la menace permanente du contrôle fiscal ; la difficile transmission du patrimoine… etc. etc.

De plus en plus isolé, de plus en plus incompris par l’armada technico-administrative qui l’environne et l’étouffe mais qu’il fait vivre quand même et aujourd’hui malgré lui, le monde agricole dans sa globalité et dans toute sa spécificité ploie ; des feuilles tombent… des branches se brisent… le tronc résiste mais l’arbre souffre. Nul ne sait, nul ne connaît son degré de résistance : c’est sans doute cela la véritable « force tranquille » de ce pays : le végétal a du vécu, il est noble et résistant : on peut donc s’appuyer coûte que coûte sur cet arbre millénaire, lui faire tout supporter, surtout financièrement, sachant que de toute façon et quoi qu’il advienne, il tiendra.

Oui c’est çà, tant que le monde agricole tiendra la France tiendra ! Mais …

Ce type de recul ou de repli économique et identitaire dans un secteur particulièrement sensible, peut-il, en effet, n’être que passager ? Nous ne le pensons pas car la crise vient de trop loin… est trop profonde.
« Dans le milieu agricole… qu’est-ce qu’il y a ? »

« Dans le milieu agricole, si vous voulez savoir, nous vivons tous sur les acquis financiers des belles années 1960/70 et milieu 80… L’imposition sur le revenu, sur le foncier et le bâti, les charges et les taxes diverses, anciennes et nouvelles, quadruplées par rapport à ces périodes de notre vie, sont devenues GIGANTESQUES, ENORMES : le poids en est écrasant. A cause de cela, nous ne pouvons pratiquement plus dégager de bénéfice pour l’investissement qui n’est, ça y est, malheureusement plus possible actuellement. Beaucoup d’entre nous sont de ce fait et à cause de cela, réellement de plus en plus tributaires de certaines banques dont ils sont vraiment les fermiers. Si par malheur venait à survenir une « mauvaise » récolte ou que les cours du vin viennent à s’effondrer, nous ne nous relèverions pas… »

Antoine, viticulteur,
Vaucluse.

« Chaque année 30 000 exploitations disparaissent et deux cédants sur trois n’ont pas de repreneurs. » (Aude FERNANDEZ : « L’installation des jeunes piétine », in « La France Agricole », op. cit. p.8, Nø2748, 24 Juillet 1998)

Avéré ! Effectivement, en 17 ans le pays est passé de 680 000 exploitations à moins de 400 000 (le chiffre de 2014 des inscrits à la MSA est 473 900, auquel chiffre il faut enlever les cotisants solidaires et retraités, ayant le droit de garder une « exploitation de subsistance » de 3 ha … ainsi que la baisse de + de 3.5% par an).

«… l’incapacité que les cadres ont de créer eux-mêmes leur capital parce qu’ils sont surtaxés sont des défis majeurs à la liberté de l’homme et à ses responsabilités. » (François MICHELIN)

France BARTHELEMY BATHELIER
Extrait de « l’Echo des Marmites » : Fresque du quotidien des Français entre 2000 et 2015.